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Intelligence Technologique - S'appuyer sur des outils et miser sur les individus

Oser l’innovation ouverte

Ouvrir l’innovation… La démarche inquiète certaines entreprises, en particulier celles qui peinent à remettre en question leur management de la connaissance. Or, c’est précisément cette relation à la connaissance qui est à repenser à l’heure des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Celles-ci génèrent en effet une réelle infobésité qu’il faut apprendre à maîtriser. Elles poussent les experts à être de plus en plus mobiles et donc à diffuser leurs savoirs et savoir-faire au-delà des murs des entreprises. Enfin, elles accélèrent le risque d’obsolescence technologique (une innovation peut ainsi se révéler désuète avant même sa mise sur le marché !). 

Mais dans ce contexte d’accélération et de mondialisation de l’innovation, se claquemurer dans ses habitudes représente également un gros risque. Oser l’innovation ouverte permet de répondre aux défis majeurs de l’Innovation à l’ère de l’information. Si la démarche est exigeante, elle a su, depuis une quinzaine d’années, démontrer toute son efficacité. Réduction des cycles de développement et des risques d’échec projet, stimulation de la créativité des équipes de recherche, identification de nouveaux partenariats stratégiques, amélioration de l’efficacité de la propriété industrielle... Ses atouts sont bien réels.

 

S’appuyer sur des outils technologiques…

Réalisation d’états de l’art, veille prospective, scouting (méthodologie d’identification) de technologies, de talents ou de partenaires, marketing de l’innovation, études de brevetabilité… en matière d’informations techniques, la veille technologique traditionnelle ne peut plus couvrir tous les besoins des entreprises pour déployer leur stratégie d’innovation.

Pour appuyer la fonction de veille en entreprise, les nouvelles technologies ont permis de développer nombre d’outils dédiés à la recherche d’informations techniques dématérialisées : curateurs web, moteurs de recherche spécialisés, analyseurs sémantiques de contenus, plateformes collaboratives, etc. Aujourd’hui, ces outils d’intelligence technologique sont capables de gérer les innombrables flux d’informations et de compétences techniques, d’exploiter les contenus grâce à des analyseurs sémantiques de plus en plus performants, de rebondir sur les références citées dans les documents, de procéder à des recoupements, jusqu’à reconstruire des réseaux de collaboration ou des cartographies d’écosystèmes inconnus de l’entreprise. Ils permettent également de trouver, en un temps record, de l’information technologique pertinente pour la majorité des besoins : identification d’une technologie ou d’un partenaire, de solutions en réponse à un problème technique, études de marché ou de brevetabilité, etc.

 

… mais savoir surtout miser sur les individus et l’intelligence participative

Aussi performants soient-ils, les outils informatiques ne suffisent pas. L’intelligence technologique repose avant tout sur des personnes. Idéalement, elle devrait même impliquer toutes les parties prenantes à l’innovation dans les entreprises : R&D, Production, Marketing et Commerce, Propriété Industrielle/Juridique, Communication, Achats et bien sûr, Direction.

Les individus doivent être au centre du management des connaissances de l’entreprise. Non seulement pour utiliser pertinemment les outils numériques, mais aussi, pour capter et assimiler d’autres types d’informations plus difficiles à appréhender. C’est le cas des connaissances tacites de l’entreprise : informations orales, expériences et savoirs personnels non formalisés… Toutes ces connaissances spécifiques et implicites accumulées par les employés représentent un capital immatériel à très haute valeur dont l’entreprise a tout intérêt à tirer bénéfice. Il s’agit ainsi de transformer ces connaissances en données explicites, en les formulant par écrit et en les capitalisant dans un système informatique afin qu’elles ne disparaissent pas avec le départ des « sachants ».

Par ailleurs, une entreprise émet une quantité d’informations techniques, et parfois stratégiques, à l’extérieur de son enceinte. Mobilité des ressources humaines, réseaux sociaux, dépôts de brevets, participation à des salons, des publications ou des projets collaboratifs, discussions informelles avec clients et fournisseurs… sont à l’origine de ces flux sortants. Il faut donc accepter la porosité des murs de l'entreprise. La culture du secret se retrouve aujourd’hui face aux besoins de communication, et aux besoins des individus à être connus et reconnus dans leurs spécialités. Les personnes en charge de l’intelligence technologique doivent donc réussir à transformer ce potentiel des connaissances accumulées par l’entreprise en une énergie dévouée à l’innovation, mais également savoir valoriser ce potentiel en interne et à l’externe. Ce qui implique de modeler la culture et les valeurs de l’entreprise en laissant place à l’innovation (créativité et ouverture d’esprit, aspiration au risque et droit à l’erreur, travail en mode projet et interservices, valorisation collective et personnelle, intraprenariat…) et en le faisant savoir à l’extérieur.

Il est en effet indispensable de se servir de ce potentiel interne pour établir une stratégie de communication externe centrée sur l’innovation. Nombre de sociétés l’ont bien compris (Google, Free, Renault, Samsung…) et s’y appliquent, non seulement pour capter les talents et les retenir, mais aussi pour construire et fédérer autour d’elles des réseaux de partenaires privilégiés. En somme, le modèle des communautés scientifiques et réseaux académiques est enfin appliqué au monde industriel. C'est une bonne nouvelle !

Ainsi le déploiement en entreprise d’une intelligence technologique exemplaire et ambitieuse consiste autant à savoir capter de l’information technique pertinente qu’à savoir l’assimiler (c’est-à-dire l’analyser, la comprendre, l’adapter à ses besoins et la diffuser) en s’appuyant sur l’intelligence participative de toutes les parties prenantes à l’innovation. L’intelligence technologique doit donc être parfaitement coordonnée avec la stratégie de l’innovation de l’entreprise pour être transformée en valeur. Enfin, elle doit surtout faire accepter, dans une société où tout se sait ou bien tout finit par se savoir, que la valeur de l’innovation réside aujourd’hui davantage dans l'individu, à travers son savoir-faire ainsi que les technologies, que dans les connaissances.

 

Guillaume Lamarque : Docteur en biomatériaux et composites, ancien chef de projet R&D à l’École Polytechnique Fédérale de Lausanne, Guillaume Lamarque est consultant expert en innovation chez Ayming depuis 9 ans (Management, Stratégie et Marketing de l’Innovation/Intelligence Technologique).

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Guillaume Lamarque
Consultant expert Innovation

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