Finance & innovation performance

News Innovation #51

L'innovation en France : analyse et positionnement international

La Coordination Interministérielle de l’Innovation et du Transfert (C2IT) a publié en juillet 2016 un rapport1 sur l’innovation en France. Celui-ci propose une analyse du positionnement international et de la capacité d’innovation de notre pays par rapport à un groupe de référence. Retour synthétique sur la méthodologie appliquée et les résultats de cette étude.

Une conception systémique de l'innovation

Reprenant certains paramètres de l’indicateur synthétique2  que l’Union Européenne utilise pour son tableau de bord de l’innovation, la C2IT propose ici un nouvel outil d’analyse des performances de la France. L’enjeu est d’identifier les forces et les faiblesses de notre écosystème de l’innovation par rapport à huit pays innovants : États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Corée du Sud, Pays-Bas et Suède.

La capacité des entreprises à innover est un levier de croissance très important, tant pour accroître la productivité d’un pays que pour en affronter les défis sociétaux. Mais, si l’innovation doit être au centre des préoccupations, il convient d’avoir une approche « coordonnée, cohérente et efficace »3. C’est la raison d’être du travail présenté dans ce rapport.

La C2IT utilise une conception systémique de l’innovation qu’elle analyse à travers six groupes d’indicateurs : 

  1. Ressources humaines
  2. Investissements dans l’enseignement supérieur, la R&D et l’innovation
  3. Coopérations au sein du système de recherche et d’innovation
  4. Production de connaissances scientifiques et techniques
  5. Résultats du processus d’innovation
  6. Diffusion des innovations dans les entreprises

Ainsi, l’objectif n’était pas de définir un indicateur composite supplémentaire, difficilement interprétable, mais de proposer une approche capable de prendre en compte la complexité des systèmes d’innovation et d’en identifier les failles comme les mérites. Cette démarche est d’autant plus intéressante que, comme l’ont démontré de précédents travaux (voir encadré), la France présente des résultats en matière d’innovation bien en-deçà de ses performances de R&D.

Une nouvelle donne pour l’innovation

En 2013, suite au rapport Beylat et Tambourin4 faisant état d’un décrochement de la France en matière d’innovation, le Ministère du Redressement Productif lance un plan de stimulation de l’innovation intitulé « Une nouvelle donne pour l’innovation»5. En effet, alors que la R&D française est bien positionnée dans le Top 10 mondial, la France appartient au groupe des « pays suiveurs » dans les tableaux de bord de l’innovation de l’Union Européenne6 et occupe le 16e rang mondial pour ses performances en matière d’innovation.

Parmi les quatre axes stratégiques du plan, la structuration d’une politique publique d’innovation a donné naissance à deux instances de gouvernance visant à améliorer l’efficacité et l’efficience des politiques d’innovation :

  • La Commission Nationale d’Evaluation des Politiques d’Innovation (CNEPI)7,
  • La Coordination Interministérielle de l’Innovation et du Transfert (C2IT).

La création, en concertation avec la CNEPI, de cette grille d’analyse était une des principales missions de la C2IT.


Forces et faiblesses de l'innovation française

Sur les groupes d’indicateurs suivis par la C2IT, la France se positionne globalement dans la moyenne du groupe de référence. Et les résultats confirment, malgré le très bon positionnement de la R&D en France (production de connaissances), la moindre performance de son innovation (concrétisation des avancées scientifiques et techniques). Ainsi, la C2IT identifie les points forts hexagonaux : ressources humaines, investissements, ainsi que certains aspects de la production de connaissances ; mais elle note en revanche la faible capacité de la France à générer des résultats à l’issue du processus d’innovation. Pour exemple, la C2IT observe que le système d’innovation français présente plus de points forts que celui du Royaume-Uni, mais ne peut que déplorer la suprématie du système britannique en matière de production de connaissances et de résultats.

Un début d’explication à cette piètre performance nationale pourrait être trouvé dans la différence des structures sectorielles des pays étudiés. L’intensité des dépenses de R&D des entreprises dépend de la structuration des activités. Or, « Les pays où l’industrie est puissante tendent à avoir une intensité en R&D élevée car les secteurs manufacturiers présentent en moyenne des intensités en R&D plus élevées que les services […]. Au sein de ces pays, ceux qui sont spécialisés dans les secteurs industriels de haute et moyenne-haute technologie présentent les intensités en R&D privées les plus élevées ». Ainsi, lorsque les dépenses de R&D privées sont ajustées à la structure sectorielle moyenne de l’OCDE (i.e. lorsque l’on corrige le biais introduit par la faible part de l’industrie manufacturière ou la forte part du secteur tertiaire), la France passe de la 6e à la 3e place.

La C2IT conclut que « si la structure économique de la France ne lui est pas favorable (en termes de poids des secteurs intensifs en R&D), les secteurs économiques français connaissent des intensités en R&D relativement élevées ». Bien que ce raisonnement s’applique à la R&D, on peut envisager que la structure sectorielle de la France soit également moins propice à l’innovation, expliquant ainsi le manque de concrétisation des avancées apportées par la R&D.

L'excellente qualité du système académique français

Si le système d’innovation à la française est largement perfectible, il présente au demeurant un domaine d’excellence. La C2IT confirme en effet la forte attractivité de notre modèle universitaire. La France obtient la première place pour le taux de doctorants étrangers (plus de 40%). La qualité de la recherche académique française est également soulignée par un autre indicateur ; c’est en effet en France que la part de brevets déposés par des laboratoires publics est la plus élevée (près de 16%). La C2IT rappelle cependant que ce très bon positionnement peut en partie s’expliquer par des niveaux d’activités R&D privées moins importants que dans d’autres pays tels que le Japon ou les Etats-Unis.

Mais cette expertise académique est sous exploitée par les entreprises françaises puisque celles-ci collaborent moins avec les organismes publics (4e place pour les grandes entreprises et 7e place pour les PME) qu’avec l’ensemble des partenaires de recherche et d’innovation (1ère place pour les grandes entreprises et 4e place pour les PME). Une note d’optimisme pour finir, «la propension des entreprises [françaises] à coopérer avec les institutions de recherche a sensiblement augmenté» en dix ans. 

Une tendance à la hausse que l’on pourrait expliquer par l’évolution incitative du calcul du Crédit d’Impôt Recherche introduite en 2004 : le doublement des montants pris en compte au titre de la sous-traitance d’opérations de R&D auprès d’organismes publics.

 

 

Julien Hamelet
Consultant Expert Innovation Ayming

 

 

 

 


1C2IT. L’innovation en France – Indicateurs de positionnement international. 2016
2Hugo Hollanders, Nordine Es-Sadki et Minna Kanerva. European Innovation Scoreboard. 2015
3Ministère du Redressement Productif. Dossier de presse – Une nouvelle donne pour l’innovation. 2013
4Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin. L’innovation un enjeu majeur pour la France – Dynamiser la croissance des entreprises innovantes. 2013
5Ministère du Redressement Productif. Dossier de presse – Une nouvelle donne pour l’innovation. 2013
6Hugo Hollanders, Nordine Es-Sadki et Minna Kanerva. European Innovation Scoreboard. 2015
7http://www.strategie.gouv.fr/cnepi