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Télécom Europe : Adieu chers frais de Roaming !

 


La plupart des particuliers réduisent drastiquement l’usage de leur mobile lorsqu’ils séjournent à l’étranger. Mais pour les professionnels, les frais d’itinérance (ou roaming) représentent souvent une dépense lourde et difficilement prévisible. Bonne nouvelle pour tous les usagers européens : à partir du 15 juin 2017, ils pourront utiliser leur mobile partout en Europe comme chez eux ! Explications..

10 ans pour supprimer les frais de roaming en Europe

En 2007, la Commission européenne mettait en place l’Eurotarif, destiné à encadrer, au sein de l’Union Européenne, les coûts d’utilisation des téléphones portables à l’étranger. L’objectif affiché était clair : permettre aux usagers d’utiliser leurs mobiles en itinérance en UE sans payer un prix (anormalement) plus élevé que dans leurs pays de résidence. Depuis, les utilisateurs ont pu bénéficier d’une baisse régulière des tarifs des appels émis et reçus, puis des SMS (dès 2009) et enfin des services de données (à partir de 2012)1.  

 

Évolution des frais appliqués aux utilisateurs au titre du roaming en Europe entre 2007 et 2016

Aujourd’hui, l’Eurotarif a atteint son objectif : ne plus facturer de surcoûts aux utilisateurs. Et les entreprises de s’en réjouir. En effet, les frais de communications internationales de collaborateurs voyageant en Europe pesaient lourd. Ainsi, pour une entreprise française, le roaming Europe pouvait représenter jusqu’à 15% de la dépense globale (données Ayming). 

Le cas de la Data

À partir de juin 2017, tous les opérateurs européens devront inclure le roaming « comme à la maison », par défaut, dans leurs contrats. Mais si la question des appels et des SMS n’a pas été problématique, le cas de la data a été plus incertain. 

Sur la data, les offres des opérateurs peuvent varier fortement entre les pays, avec des quantités de data importantes voire des offres illimitées pour certains, soulevant des craintes de potentiels abus. En effet, la suppression des frais pour les utilisateurs ne signifie pas la fin des marchés de gros de l’itinérance, c’est-à-dire les frais que les opérateurs se facturent entre eux lorsque leurs clients utilisent d’autres réseaux lors de déplacements en Union Européenne. L’accord trouvé début 2017 entre les instances de l’UE  a permis d’encadrer ces frais, levant la dernière barrière à la suppression des frais de roaming en Europe. 

Le volume de data roaming alloué sera ainsi déterminé par les opérateurs sur la base du prix de gros du Go, qui sera de 7,7 € à partir du 15 juin 2017, et selon le calcul suivant : (prix du forfait/7,7)*2 = enveloppe de données mensuelle. Ainsi, pour un forfait grand public à 20 € par mois, l’enveloppe sera d’environ 5 Go avant de passer en consommation hors forfait. Cette enveloppe est amenée à augmenter progressivement jusqu’en 2022, conséquence de la baisse du prix de gros du Go prévue chaque année : 6 € / Go en 2018, 4,5 € / Go en 2019, 3,5 € / Go en 2020, 3 € / Go en 2021, et 2,5 € / Go en 2022. 

Pour les clients Entreprises, la tendance chez les opérateurs français est de proposer des forfaits mensuels en voix et SMS illimités, avec des enveloppes de data allant de 5 à 10 Go, à des tarifs hors taxe pouvant descendre entre 12 et 15 € pour des flottes mobile comprises entre 600 et 1000 lignes. Chez certains opérateurs, une option Europe à 1 € par mois permet de mutualiser la data en France et Europe. Si à partir de juin les appels et SMS seront bien illimités dans les 28 pays de l’Union, l’application du calcul basé sur le prix du forfait pourrait accorder une enveloppe de data moins généreuse. 

Tous les opérateurs n’ont pas encore communiqué à ce sujet auprès de leurs clients mais les pratiques semblent se diriger vers une solution plus simple et cohérente : la mutualisation de l’enveloppe data du forfait pour les usages France et UE2.

Concilier ouverture et protection des marchés

L’inégalité des offres des opérateurs européens en téléphonie mobile pourrait pousser certains utilisateurs à souscrire un abonnement dans un pays où l’offre est plus avantageuse pour l’utiliser ensuite, de manière régulière, dans leurs pays de résidence. Afin de protéger les marchés de ce type de déviance, la Commission européenne a défini des critères d’utilisation « raisonnable » et des moyens de contrôle pour les opérateurs. 

Ainsi, les consommateurs pourront avoir à prouver qu’ils résident (travailleur détaché, étudiant, etc.) dans le pays de souscription de leur contrat de téléphonie mobile. En cas de doute, les opérateurs pourront comparer les usages mobiles à l’étranger et dans le pays de résidence, et ce, sur une période minimale de 4 mois. Si cette analyse suggère que le consommateur a passé plus de temps à l’étranger, ou a consommé plus de services mobiles à l’étranger que dans son pays, l’opérateur pourra lui envoyer un avertissement, point de départ d’une période de deux semaines pendant laquelle celui-ci devra informer l’opérateur de sa situation ou rentrer dans son pays de résidence. Si le consommateur reste à l’étranger, des frais de roaming (peu élevés) pourraient être alors appliqués.

Ce dernier point est néanmoins encore en débat entre les instances européennes. Reste que la Commission se veut rassurante et précise que la majorité des Européens (qui voyagent à l’étranger moins de 30 jours par an) ne sera jamais concernée par ce type de contrôles.

Un pas vers le marché unique numérique

La suppression des frais de roaming s’inscrit dans un plan plus vaste porté par l’Union Européenne, celui du marché unique numérique qui vise à lever les obstacles à la pleine exploitation des possibilités offertes par internet et les outils numériques. Au-delà d’une question financière, il s’agit donc de donner à chaque Européen, particulier ou entreprise, la possibilité d’accéder à un contenu, un bien ou un service en ligne, sans entrave ou discrimination, partout en Europe. Un pas vers l’avènement d’opérateurs européens de télécommunications ?

 1. Suppression des frais d’itinérance pour les voyageurs dans l’UE en 2017, Communiqué de presse, Bruxelles, 19 avril 2017, Commission européenne.

2. Les négociateurs de l'UE sont parvenus à un accord sur les tarifs de gros, dernière étape avant la suppression des frais d'itinérance, Communiqué de presse, Bruxelles, 1er février 2017, Commission européenne.

Anne Szczepkowski, Diplômée de l’INSA Lyon, Anne a débuté sa carrière chez Ayming dans le conseil en Innovation, avant de rejoindre Operations Performance. Elle accompagne aujourd’hui les clients dans leurs projets d’évolution en téléphonie mobile, fixe et en réseau d’entreprise.