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À moins de deux ans de la clôture de la programmation 2021-2027, le Fonds pour une Transition Juste (FTJ) reste encore largement sous-consommé en France. Pour les entreprises industrielles engagées dans des projets de transformation, de décarbonation ou de modernisation, il constitue pourtant un levier de financement direct à fort potentiel nécessitant une démarche spécifique d’approche des financeurs.
Le Fonds pour une Transition Juste (FTJ) est un instrument financier majeur de l’Union Européenne, créé dans le cadre de la politique de cohésion 2021-2027 en cohérence avec le Pacte vert européen.
Il s’inscrit dans un cadre de transition énergétique, industrielle et sociale en soutenant des projets qui favorisent la modernisation, la diversification économique et la reconversion professionnelle, tout en limitant les inégalités territoriales.
Le FTJ en France
Le FTJ est géré sur un modèle de gestion partagée entre :
- Les autorités régionales sur le développement économique et territorial. Elles s’occupent des volets :
- Financement de la transition écologique et énergétique
- Soutien à la compétitivité, la recherche et l’innovation
- L’Etat via les DREETS (Directions régionales de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) pour le volet emploi et compétenc
Les régions constituent l’interlocuteur principal des entreprises sur les volets économiques du FTJ. En pratique, les critères d’éligibilité, les calendriers et les priorités opérationnelles peuvent varier sensiblement d’une région à l’autre, rendant indispensable une lecture fine des Plans Territoriaux de Transition Juste (PTTJ) et des stratégies régionales associées.
Le FTJ ne concerne que certains territoires de 6 régions de France métropolitaine où les défis de la transition énergétique nécessitent un soutien renforcé au regard de leurs niveaux d’émissions industrielles ou du poids de l’emploi industriel associés à des activités intensives en carbone :
- Auvergne Rhône-Alpes – Territoire Rhône-Isère (Vallée de la Chimie, agglomération grenobloise, Entre-Bièvre et Rhône, Balcons du Dauphiné)
- Grand-Est – 27 intercommunalités (EPCI) ciblées dans la Moselle, la Meurthe-et-Moselle et le Haut-Rhin (ex: Mulhouse, Nancy, Forbach, etc.)
- Hauts-de-France – Départements du Nord (59) et du Pas-de-Calais (62) en intégralité
- Normandie – Axe Seine (8 EPCI dont Le Havre, Rouen, Évreux) et Vallée de la Bresle
- Pays-de-la-Loire – Territoire du Pacte de Cordemais (Nantes Métropole, Saint-Nazaire/Estuaire, Estuaire et Sillon)
- Provence-Alpes-Côte d’Azur – Département des Bouches-du-Rhône (13) en intégralité
Le FTJ en chiffres
La France bénéficie d’une enveloppe de 1,03 milliards € de FTJ sur la période 2021-2027.
Sur ce montant, au 31 octobre 2025, 478 millions d’euros restaient encore à attribuer, soit un taux de programmation estimé à 54%.
L’utilisation des fonds issus du FTJ est relativement équivalente à celles des autres fonds européens de la politique de cohésion (59% pour le FEDER et 55% le FSE +).
En revanche, l’opportunité apparaît d’autant plus attractive que les crédits disponibles sont concentrés sur des territoires ciblés et géographiquement restreints.
Ce taux de programmation relativement faible s’explique notamment par :
- la sélectivité sectorielle du fonds,
- la complexité des critères d’éligibilité,
- la nécessité d’aligner les projets avec des objectifs à la fois climatiques, économiques et sociaux,
- et une ingénierie administrative particulièrement exigeante.
Cette situation crée toutefois une opportunité réelle pour les porteurs de projets capables d’anticiper et de structurer efficacement leur dossier.
L’éligibilité au FTJ tient effectivement davantage au contenu du projet et à sa contribution aux objectifs de transition, qu’à la taille de l’entreprise : en principe, PME, ETI ou grandes entreprises peuvent donc y prétendre[1].
Concrètement, les mesures économiques gérées par les autorités régionales représentent 70% de l’enveloppe, les 30% restant étant dédiés au volet emplois et compétences géré par l’Etat.
[1] Sous réserve de certaines spécificités ad hoc.
| Volet | FTJ engagé | Investissements totaux estimés |
| Transition écologique & énergétique | ~470 M€ | ~1,057 Md€ |
| Compétitivité & innovation | ~223 M€ | ~532 M€ |
| Emploi & compétences | ~297 M€ | ~443 M€ |
Ces montants peuvent être majorés par des cofinancements, ce qui peut porter l’effort d’investissement par les pouvoirs publics parfois à des niveaux plus élevés.
LE FTJ – focus secteurs :
Le fonds se caractérise par la sélectivité des secteurs qu’il couvre.
En France, les secteurs prioritaires sont ceux considérés comme étant :
- En déclin :
- Production d’électricité à base de charbon
- Cokéfaction et raffinage
- En transformation :
- Métallurgie
- Chimie
- Fabrication de produits minéraux non métalliques
- En phase de diversification :
- Tous les secteurs à fort potentiel de recrutement et donc d’avenir
Au-delà de cette typologie sectorielle, le FTJ finance avant tout des projets démontrant une trajectoire crédible de transition :
- réduction des émissions,
- transformation des procédés industriels,
- diversification d’activités ou reconversion de sites.
Des projets portés par des acteurs industriels hors des secteurs historiquement ciblés peuvent ainsi être éligibles, dès lors qu’ils contribuent directement aux objectifs des PTTJ.
Prochaines étapes
La fenêtre de programmation du FTJ s’étend jusqu’à décembre 2027.
Dans ce cadre, si les PME figurent parmi les bénéficiaires les plus fréquents du FTJ, le dispositif n’est pas réservé à une catégorie de taille d’entreprise.
Il est ouvert à l’ensemble des acteurs économiques, dès lors que les projets présentés s’inscrivent dans une trajectoire crédible de transition et contribuent de manière démontrable aux objectifs économiques, sociaux et environnementaux des territoires concernés.
En pratique, les PME bénéficient souvent d’un accès plus direct au dispositif, tandis que les projets portés par des ETI ou des grands groupes doivent répondre à des exigences renforcées, notamment en matière d’impact territorial, d’effet incitatif et de structuration financière.
C’est en se rapprochant des interlocuteurs régionaux qu’il peut être possible de positionner des projets répondant aux attentes.
En conclusion
Les entreprises souhaitant mobiliser le FTJ ou tout autre dispositif pertinent doivent engager leur réflexion dès maintenant pour entamer les échanges avec les Régions et leurs différentes représentations.