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Depuis plus de quinze ans, le Crédit d’Impôt Recherche (CIR) constitue l’un des principaux instruments de soutien public à la recherche et développement (R&D) des entreprises en France. Il a contribué à structurer un environnement favorable à l’investissement privé en R&D, à compenser partiellement le coût du travail scientifique et à maintenir sur le territoire national des activités de recherche à forte valeur ajoutée. Dans un contexte de concurrence internationale accrue, la question n’est toutefois plus uniquement celle de l’existence du CIR, mais de sa capacité à continuer de jouer pleinement son rôle dans les arbitrages de localisation des activités de R&D. Les résultats du 15ᵉ Panel CIR, publié par l’ANRT, apportent à cet égard un éclairage particulièrement instructif, à travers l’analyse d’un indicateur clé : le cours du chercheur.
Quel rôle pour le CIR dans l’attractivité R&D de la France face à la concurrence internationale ?
Le cours du chercheur : un indicateur central de la compétitivité R&D
Le cours du chercheur correspond au coût complet d’un chercheur pour une entreprise, intégrant :
- les rémunérations chargées
- les dispositifs fiscaux et sociaux (dont le CIR)
- les subventions directement affectées aux dépenses de R&D
Dans la méthodologie du panel ANRT, la base 100 correspond au coût d’un chercheur en France hors CIR et hors subventions. Les situations observées dans les autres pays sont exprimées sous forme d’indices comparatifs construits à partir de cette référence.
Cet indicateur présente un intérêt majeur : il repose non pas sur des simulations théoriques, mais sur des données comptables réelles, issues des pratiques effectives des entreprises dans leurs décisions de localisation de la R&D.
Méthodologie du panel ANRT CIR
Le panel CIR est constitué de 17 grands groupes internationaux, opérant dans des secteurs industriels et technologiques variés. Cette diversité sectorielle et géographique confère au panel une forte robustesse analytique, en reflétant les arbitrages réels opérés par les entreprises à l’échelle internationale. Il représente :
Plus de 14 milliards d’euros de dépenses de R&D
Environ 65 000 chercheurs
Des activités de recherche localisées dans plus de 30 pays
Position relative de la France en 2025 : une attractivité intermédiaire
Selon les résultats du 15ᵉ Panel ANRT CIR, le cours du chercheur en France s’établit à 73 pour l’année 2025.
Dans la comparaison internationale, ce niveau situe la France :
- à un cours inférieur à celui des États-Unis (176), de la Belgique (98) ou de l’Allemagne (90)
- mais à un niveau supérieur à celui du Royaume-Uni (70), de l’Italie (65) ou de l’Espagne (57)
- nettement au-dessus des pays d’Europe centrale et orientale
Ces résultats traduisent une position intermédiaire de la France en matière de compétitivité-coût de la R&D industrielle : la France n’est ni parmi les pays les plus coûteux, ni parmi les plus attractifs du panel.
Localisation des effectifs de R&D des entreprises du panel et cours du chercheur :
sources : ANRT www.anrt.asso.fr
Le rôle amortisseur décisif du CIR
Sans prise en compte du Crédit d’Impôt Recherche, le coût du chercheur en France figurerait parmi les plus élevés du panel, se situant juste derrière les États-Unis.
L’intégration du CIR modifie toutefois profondément cette lecture.
Grâce à ce mécanisme, le cours du chercheur français est ramené à un niveau quasi équivalent à celui observé en Chine, et nettement inférieur à celui de plusieurs grandes économies industrialisées.
Ce différentiel illustre le rôle d’amortisseur du CIR : il ne crée pas un avantage artificiel mais permet de rendre la France comparable à des pays très compétitifs dans les arbitrages internationaux de localisation de la R&D.
Une évolution observée sur quinze ans
L’analyse longitudinale menée par le panel met en évidence une évolution progressive du positionnement relatif de la France.
- En 2011, la France figurait parmi les trois pays les plus compétitifs pour l’implantation d’activités de R&D.
- En 2025, son cours du chercheur se situe à un niveau plus élevé qu’au début de la période étudiée, traduisant une dégradation relative de sa compétitivité-coût.
Cette trajectoire ne résulte pas d’un décrochage brutal, mais d’un glissement progressif, lié à deux phénomènes conjoints :
- une érosion relative de l’avantage procuré par le CIR, dans un contexte d’ajustements successifs et d’instabilité perçue
- les stratégies offensives déployées par d’autres États, qui ont renforcé de manière volontariste leurs dispositifs de soutien à la R&D
Comparaisons européennes : des stratégies différenciées
Royaume-Uni
Le dispositif britannique de soutien à la R&D représente un effort budgétaire estimé à 8,8 milliards d’euros en 2024, supérieur à celui consenti par la France.
Cette politique se traduit par un cours du chercheur inférieur à celui observé en France.
Espagne
L’Espagne combine crédits d’impôt recherche et innovation, aides régionales et dispositifs ciblés sur l’emploi scientifique.
Cette approche coordonnée permet de maintenir un cours du chercheur durablement compris entre 55 et 60, renforçant l’attractivité du pays.
Italie
L’Italie bénéficie d’un différentiel de coût favorable, qui s’est accompagné d’une augmentation des effectifs de chercheurs localisés sur son territoire.
Ces trajectoires illustrent des politiques publiques assumées, lisibles et orientées vers le renforcement de la compétitivité R&D.
Un paradoxe français : une attractivité encore forte, mais sous tension
Malgré l’évolution du cours du chercheur, un constat demeure central : la France reste, en 2025, le premier site de R&D des entreprises du panel, avec plus de la moitié des effectifs de chercheurs localisés sur le territoire national.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs structurants :
- la qualité des écosystèmes scientifiques
- la densité et le niveau des compétences
- la proximité des marchés et des centres de décision européens
Le panel souligne toutefois que cet équilibre repose sur des facteurs multiples, parmi lesquels la compétitivité-coût reste un paramètre déterminant dans les décisions de localisation.
Le CIR : un levier toujours déterminant dans les arbitrages de R&D
Les enseignements du panel ANRT convergent sur un point essentiel : le Crédit d’Impôt Recherche demeure un facteur clé de maintien des activités de R&D en France.
À qualité scientifique équivalente, le coût du chercheur continue d’influencer fortement les arbitrages internationaux. Dans ce contexte, le CIR joue un rôle d’amortisseur, permettant de compenser partiellement des écarts de coût avec d’autres pays plus offensifs.
Le CIR, un pilier stratégique
Les résultats du 15ᵉ panel ANRT CIR appellent une lecture nuancée mais résolument stratégique.
Si la France a vu son avantage comparatif en matière de coût de la R&D s’éroder progressivement, le Crédit d’Impôt Recherche demeure l’un des principaux facteurs de maintien des activités de recherche sur le territoire national. Il constitue aujourd’hui un socle structurant, sans lequel l’attractivité française serait significativement affaiblie.
L’expérience industrielle récente montre qu’un affaiblissement progressif des dispositifs de soutien peut produire des effets cumulatifs durables. En matière de R&D, les arbitrages sont internationaux, incrémentaux et réversibles.
Dans un contexte budgétaire contraint, l’enjeu n’est donc pas la remise en cause du CIR, mais sa capacité à rester suffisamment lisible, stable et compétitif pour préserver les bastions de R&D construits depuis plus de quinze ans.
Soutenir durablement la R&D aujourd’hui, c’est éviter demain des décrochages difficiles à corriger.
À retenir
- Le cours du chercheur est un indicateur clé de la compétitivité R&D.
- La France occupe une position intermédiaire dans la comparaison internationale.
- Le CIR demeure un pilier structurant de l’attractivité R&D française.
- Sa stabilité et sa lisibilité conditionnent le maintien durable des activités de recherche
Le Crédit d’Impôt Recherche est-il encore attractif ?
Oui. Il demeure un levier significatif, même si son avantage relatif s’est réduit face à des dispositifs étrangers plus dynamiques.
La France reste-t-elle attractive pour la R&D ?
Oui, grâce à ses talents et à ses écosystèmes, mais cette attractivité est de plus en plus conditionnée au maintien d’un cadre fiscal stable.
Le coût du chercheur est-il un critère décisif ?
Oui. À qualité scientifique équivalente, le coût reste un facteur central dans les décisions de localisation de la R&D.
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