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Blockchain vs enjeux sociétaux & environnementaux : sont-ils compatibles ?

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Avis d'expert
août 1, 2019

Aujourd’hui sur le devant de la scène, la Blockchain se base sur des piliers qui reflètent les enjeux sociétaux et environnementaux de notre société actuelle. On parle de transparence, de Smart Contracts ou encore d’écologie : comment ces notions peuvent-elles être prises en compte dans le déploiement des nouvelles technologies ?

Qu’est-ce que la Blockchain ?

Créée en 2008 et rendue populaire en 2017 grâce à son cours qui passa de 65 $ en 2013 à 20 089 $ le 17 décembre 2017, la crypto monnaie bitcoin a mis sur le devant de la scène la technologie Blockchain, qui permettrait selon certains une révolution sociale pour les années à venir.
En son centre, la Blockchain apporte à l’informatique une nouvelle fonctionnalité précédemment hors d’atteinte : la possibilité d’enregistrer de l’information en ayant la certitude qu’elle ne pourra pas être effacée ou modifiée.

Cette nouvelle capacité est rendue possible en s’appuyant sur un réseau d’ordinateurs qui ont tous accès à l’ensemble des informations disponibles dans la chaîne de blocs. Chacun pouvant joindre son propre ordinateur dans le réseau et télécharger la chaîne de blocs (228 Go en juillet 2019), assurant nativement la transparence des opérations.

La Blockchain peut par exemple être utilisée pour enregistrer des contrats, et rendre publique les engagements de différentes parties prenantes : c’est tout un pan du système, appelé les Smart Contracts. Par exemple, dans l’assurance météo contre la sécheresse, un Smart Contract pourrait se composer d’un objet connecté mesurant l’hydrométrie d’un champ, et d’une valeur seuil qui déclenche le paiement automatique d’une prime de dédommagement pour sécheresse.

L’envolé du cours du bitcoin et l’automatisation des tâches via les Smart Contracts ont poussé de nombreuses startups à se créer autour de la Blockchain, avec une capitalisation cumulée de plusieurs centaines de milliards d’euros. Néanmoins le débat de savoir si la Blockchain est utile, (car un papier et un stylo remplissent la même fonction centrale : enregistrer de l’information en ayant la certitude qu’elle ne pourra pas être effacée ou modifiée), ou bien un fantasme passager n’est pas clos.

Cependant, nous aimerions mettre en exergue ici les enjeux sociétaux que posent les piliers sur lesquels s’appuient les tenants de la Blockchain : transparence accrue, Smart Contracts, suppression des parties tierces. Auquel nous rajoutons désormais l’enjeu de l’impact écologique du bitcoin.

Transparence :

L’idéal de transparence porté par les acteurs de la Blockchain se heurte à la logique d’anonymat utilisée actuellement dans certaines Blockchain, notamment la crypto monnaie bitcoin. Toute transaction sur le bitcoin est passée sous pseudonyme, ce qui rend impossible d’identifier les personnes actives sur le réseau. Le système est totalement opaque, chacun connaît toutes les transactions effectuées, mais personne ne sait qui les a effectuées : étrange vision de la transparence… Différents groupuscules et pirates de tous bords utilisent sans vergogne cette technologie pour transférer des fonds illégaux en toute impunité.

Smart Contracts :

De notre point de vue, l’automatisation des décisions sans surveillance humaine a déjà été implémentée dans les algorithmes de trading à haute fréquence, avec des conséquences importantes et imprévisibles sur la stabilité des marchés. Cette dépendance totale à la technologie ouvre donc la voie à des failles de sécurité potentielle de premier ordre, qui peuvent aller à l’encontre de l’utilisateur même : que se passera-t-il quand l’assureur ira arroser l’objet connecté en pleine sécheresse, ou que l’IoT tombera en panne ?

Suppression des tiers :

L’utopie des Smart Contracts est liée à la suppression des parties tierces, parce que « ils garantissent un ensemble très précis de conditions d’exécution. Il n’y a plus de confusion, ni besoin de résoudre des litiges ». Mais qu’est-ce que la résolution d’un litige ? Selon la philosophe Antoinette Rouvroy, les instances de justice et les débats qu’ils imposent sont des moments d’individuation, où chacun se constitue en soi-même, en ayant la capacité à expliquer, défendre et remettre en cause la règle. La remise en question de la loi est une partie nécessaire à son maintien : les tribunaux sont des lieux d’ajustement des lois, prévus par le droit, qui permet son évolution et sa remise en question. Ce sont donc des lieux d’individuation où des humains discutent de la légitimité de la loi. Exactement l’inverse des Blockchains

Impacts écologiques :

Le mois de juin 2019 a été le plus chaud jamais enregistré dans le monde. Il est aussi le mois du retour en forte hausse du bitcoin, qui est repassé d’environ 3 000 euros en janvier à 12 000 euros le 26 juin 2019. Les deux événements ne peuvent que marquer les esprits, alors que les élections européennes ont vu un rebond de la tendance écologiste en Europe, et que le bitcoin se révèle être un gouffre à énergie. Une étude publiée dans Nature s’inquiète d’ailleurs de l’impact du bitcoin sur le réchauffement climatique, et l’université de Cambridge a calculé qu’il consomme plus d’électricité que la Suisse.

 

Remettre l’humain au centre

Entre utilisateurs anonymes, déclenchement automatique des processus et absence de tiers, l’univers proposé par la Blockchain est déshumanisé, tout en mettant en danger l’écologie de la planète. Cet impact écologique s’étend au phénomène plus large de l’internet, du Big Data et de l’IA. Surtout que ces dernières années, nous avons vu des dizaines d’entreprises s’équiper en data lake et autres plateformes Big Data, pour mettre en place des algorithmes, le tout avec un ROI parfois incertain.

Dans les missions d’analyse de données menées par Ayming, nous privilégions une approche opposée en 4 étapes :

  • Oublier la donnée et la technologie pour demander à l’humain ce dont il a besoin ;
  • Commencer petit, en analysant d’abord des jeux de données qui « tiennent » sur un seul ordinateur (quelques dizaines de Go) ;
  • Présenter rapidement des résultats pour les discuter avec le métier ;
  • Calculer le ROI potentiel avant de passer à l’échelle.

Cette démarche permet de profiter de l’expérience des individus et d’ajuster le problème posé en regardant les résultats techniques : souvent la question change avec les premiers retours d’analyse. Il est en effet important de discuter des choix des données prises en compte, des conséquences en terme de processus, des impacts business qu’engendrent la technologie pour éclairer, guider et s’adapter à l’humain.

De plus, cette démarche limite les dépenses en énergie et en matériel : depuis 5 ans nous avons toujours commencé nos missions sur des ordinateurs portables, puissants certes… mais sans infrastructure ! Cette approche légère permet de démarrer très rapidement les analyses, sans passer par des phases lourdes de configuration logicielle. Cela évite aussi les risques de perte de données inhérentes au cloud computing qui nécessite l’usage de serveurs non contrôlés en interne.

Dans un monde où l’urgence climatique se fait de plus en plus pressante, un usage pertinent et modéré des ressources informatiques pour l’IA n’entraîne pas de compromis sur la qualité des résultats obtenus. Au contraire : un usage sobre en ressources permet une réelle écoute des acteurs en présence, et des solutions bien plus concrètes et efficaces, dans une logique d’intelligence augmentée qui assure une place pérenne à l’humain.

 

Sources :

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